Nous sommes politiques

   
To be or not to be... "politique" ?

Zapata, en temps de guerre de Philippe Squarzoni


   Qui ne s'est jamais entendu répondre au détour d'une conversation sur l'engagement et le monde : "je ne fais pas de politique" ou plus simplement "la politique ne m'intéresse pas" ? Le mot "politique" semble définitivement piégé, enfermé dans le sens restreint de la politique partisane, celle des partis, des élections, des alliances de circonstances pour obtenir tel ou tel mandat. Il y aurait définitivement quelque chose de pourri au Royaume de la politique...

   Il ne sera pas écrit ici que cette politique partisane n'est que corruption, appétit de pouvoir et recherche d'intérêts particuliers. Non, car cette forme spécifique de compétition politique est nécessaire à la démocratie représentative dans la mesure où elle permet de faire émerger différents projets de société et d'en débattre. Et la majorité des hommes et des femmes qui s'engagent dans une "carrière politique" aspirent à œuvrer pour l'intérêt général.

   Mais c'est vers un autre sens du politique (et non de la politique), plus large, qu'il nous faut nous tourner. En nous souvenant de l'étymologie même du terme.
    Politique est un nom formé à partir de deux mots grecs :
- "polis", qui signifie cité (au sens politique du terme),
- "-ikos", suffixe d'adjectif qui donne "-ique" en français

   Ce mot est donc à l'origine un adjectif et, d'après son étymologie, il signifie "qui concerne le citoyen". On voit ici qu'il devient plus délicat (moins raisonnable ?) de ne pas se sentir visé par La  "chose" politique. Donc par la Res Publica. On ajoutera que d'autres mots français proviennent de la même racine : métropole/métropolis, police ou encore cosmopolite qui signifie "ouvert aux citoyens du monde entier". Pour plus de détails : ici

   Il y a une façon moins théorique, moins scolaire, de réhabiliter ce beau mot de "politique".
   Par un peu de poésie...


RIMES RICHES


Quelques vers d’un poète (ré)édité.
Cette semaine, la philosophe Hannah AYERDHAL (*) (1976 - )



Je ne ferai pas mes courses ce dimanche,
Je préfère de loin le théâtre et ses planches.

Je suis politique.

On vous décrit frivoles, adolescents indifférents,
Je vous confie mon amour du cinéma militant.

Je suis politique.

Peste brune revenue, étrangers indésirables,
Paume ouverte je démentirai vos puantes fables.

Je suis politique.

Produits connectés,  publicités sexy,
Ma liberté ira chercher d’autres utopies.

Je suis politique.

Refusant téléréalité, nouveaux jeux du cirque,
J’entre en littérature et forge ma critique.

Je suis politique.

Sexualités psychiatrisées,
Ouvriers, employés méprisés,
Je ne reconnais ni normalité ni légitimité.

Je suis politique.

Usé, fatigué de ce monde despotique,
Rongé, rouillé de ses vagues réactionnaires,
Je rejoins partout vos luttes révolutionnaires.

Nous sommes politiques.

« Demain une oasis » poème extrait du recueil Les Levants,

éd. Lettres de l’aube.


Collectif Michael K


(*) la philosophe Hannah AYERDHAL n'existe pas. Il s'agit de la contraction d'Hannah ARENDT (ici) et de Yal AYERDHAL (ici), respectivement philosophe et écrivain. Cette invention est une manière de rendre hommage à leur pensée politique, plus que jamais nécessaire.
Demain une oasis est le titre d'un somptueux roman de SF de Y. Ayerdhal, le reste est pure invention poétique...

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