Pourquoi Le Louvre ne serait-il pas "ASYLUM" ?


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Là où vont nos pères de Shaun Tan (Dargaud)

   03h28 - 23 avril 2017. Il fait nuit et je ne dors pas. Nuit et un peu froid d'ailleurs. Au sens propre comme au sens figuré, si je songe à l'état du monde. Et surtout cette question qui ne cesse de me tenir éveillé : 

Pourquoi Le Louvre ne serait-il pas "ASYLUM" ?

   En suivant à vélo ma course dans les bois cet après-midi, ma fille m'a demandé à quoi je pensais en courant. Souvent je compose des morceaux de poèmes au milieu de mes foulées, ou je regarde la lumière passer sur l'eau et au travers des arbres. Je savoure le luxe du silence. Mais aujourd'hui je lui ai répondu que je réfléchissais au moyen de faire décoller le projet Asylum. D'avoir un peu de lumière dans cette Europe au fort goût de cendres. Je m'entends encore lui répondre entre deux respirations : "Il faudrait que le Louvre s'affiche Asylum". Pas la peine de m'étendre sur sa réaction des plus sensées... Toute personne raisonnable qui m'aurait écouté aurait formulé le même scepticisme. Doux euphémisme d'ailleurs. Penser que je suis fou, que je délire, que je déraisonne, serait probablement plus honnête.

   Je repense de façon un peu confuse à Michel Foucault. A ses réflexions sur la folie et la déraison. Qu'est-ce que c'est pour nous que l'impensable ? Pourquoi les mots d'utopie et de folie semblent-ils si bien ensemble ? (un lien pour les amateurs)

   Retour au motif de mon insomnie. Pourquoi Le Louvre ne serait-il pas "ASYLUM" ? Pourquoi l'un des musées les plus importants au monde ne serait-il pas un phare pour guider les millions de citoyens européens - et avec eux leurs gouvernements - vers la seule réponse humaniste possible qui puisse être raisonnablement donnée à la crise des réfugiés :

L' accueil ?

   Une explication s'est glissée avec une sombre malice dans un coin de ma tête et je crois voir le sourire de la Joconde se moquer de moi. La voici : envoyer un message de nature POLITIQUE alors que l'on appartient au monde de l'Art reviendrait à se salir. Le terme est fort, mais il s'agirait plus ou moins de cela, quelle que soit la façon dont on le formule. Se salir, se compromettre, se disperser, créer un fâcheux précédent, un musée ne fait pas de militantisme, etc. [pardon d'avance si une grande affirmation politique et humaniste du Louvre m'avait échappé, je ne suis pas Parisien et tout est possible. Le musée de l'Histoire de l'Immigration a bien organisé une semaine de festival contre le racisme et l'antisémitisme en mars, peut-être Le Louvre l'a-t-il fait aussi ?]

   Un acteur majeur de la culture comme le musée du Louvre se doit d'être neutre. Lisse. Offrir à tous l'accès aux merveilles de l'art (des sculptures de l'Antiquité aux peintres du XXe siècle et j'en passe) mais sans se compromettre. Etre une marque qui s'exporte vers les Emirats arabes-unis (succursale d'Abou Dhabi), c'est donc ne pas se compromettre. Avec les immenses inégalités économiques et sociales de ce monde. Avec la question écologique. Ouverture au public fin 2017, avec deux ans de retard sur le chantier initial. Selon l'AFP le coût de construction s’élèverait à près de 600 millions d'euros (ici).

   Je m'égare. Polémique inutile. Rien à voir. Suis-je plus avancé ? Asylum et le petit Aylan sont dans un bateau. Pendant qu'Asylum fait ses courses, consulte son portable, se balade au musée... le petit Aylan tombe à l'eau. Est-ce que j'instrumentalise ? Un fou peut-il raisonnablement faire une chose pareille ? Qui lira encore ces lignes à ce stade de mes divagations ?

   Pourquoi Le Louvre ne serait-il pas "ASYLUM" ?

   Autre possibilité : Le Louvre n'est pas Asylum parce que nous ne lui avons pas encore demandé. C'est tout bête. Il suffit de leur envoyer le lien de la pétition et de ce blog. Un haut responsable de l'administration du musée (son/sa présidente, son conseil d'administration - comme dans les grandes entreprises ?) lira la citation de Victor Hugo, grincera un peu des dents sur l'évocation du Louvre des sables, mais sera emporté par un élan humaniste. Le Louvre, à Paris s'affichera "Asylum" avec une immense reproduction du dessin de Javier De Isusi dans le hall d'accueil. Il dira ainsi à ses millions de visiteurs :

Nous n'avons pas peur. Nous sommes Asylum parce que le temps est venu de prendre notre responsabilité.
   23 avril 2017. Les aiguilles des horloges tournent. Sommes-nous en train de jouer ? Cette autre question surgit avec force et devient aussi omniprésente que la première. Un parti ouvertement xénophobe est aux portes du pouvoir, des milliers de femmes, d'hommes et d'enfants meurent en tentant d'atteindre une vie meilleure ou finissent dans des camps administratifs de rétention (évitons le faux pas sur le vocabulaire)... mais c'est peut-être pour du beurre. Nous reprendrons le travail, j'irai corriger des copies, nous regarderons avec angoisse les clubs de football français en demi-finale de coupe d'Europe et, après le second tour de cette élection présidentielle (une farce ?), nous aurons enfin tourné la page. Ouf, mauvais rêve, après tout, c'est encore la nuit.

   La Turquie d'Erdogan continuera de faire le sale boulot pour l'Europe. Nos riches touristes continueront de se balader en toute liberté autour du globe parce que la mobilité internationale n'est ni une question de religion, ni de nationalité, mais simplement d'argent. L'Art sera toujours l'expression de la plus haute élévation de la nature humaine. Celui qui porte secours à un inconnu en détresse sera encore traîné devant la justice et remplira les pages des faits divers. Le délit d'entraide est de toute façon la marque des "mauvaises gens".

Pourquoi Le Louvre ne serait-il pas "ASYLUM" ?

    Comment ai-je pu me mettre cette idée en tête ? Le sommeil va-t-il revenir ? Nous avons lu Matin brun et nous nous étions intérieurement promis de faire le nécessaire le jour où la peste resurgirait. Camus m'entends-tu ? Quel est le chemin vers ton invincible été ?

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Là où vont nos pères. Un dessin qui s'efface ?


Collectif Michael K

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